25.11.2011

Le marché du poker américain : passé, présent et futur

L'accord de la semaine dernière entre le Groupe Bernard Tapie et le DoJ ont montré la voie pour une réouverture de Full Tilt aux Etats-Unis à l'avenir. Que font les autres rooms et que nous réserve le futur pour le poker en ligne aux Etats-Unis.

La petite histoire

DOJ

Jusqu'à récemment, les États-Unis représentaient le plus grand marché du poker en ligne au monde. Le 15 avril 2011, le ministère de la Justice des États-Unis (DOJ) a épinglé les trois plus grandes salles de poker qui proposaient leurs services aux Américains.

 

Leurs fondateurs sont accusés entre autre de fraude bancaire et d'avoir enfreint une loi datant de 2006 qui réglemente les jeux d'argent, la loi UIGEA (« the Unlawful Internet Gambling Enforcement Act of 2006  »).

 

Le résultat ne s'est pas fait attendre pour deux des trois sites internet : PokerStars a remboursé les joueurs américains et a poursuivi son activité au niveau international tandis que UB/Absolute Poker sera probablement bientôt placé sous une liquidation judiciaire qui mettra fin à son activité à jamais.

 

C'est avec Full Tilt Poker que l'histoire devient intéressante. Si le capital du site ne suffisait pas à payer ses dettes, il connaissait un succès florissant à bien des égards. Quelques mois après les inculpations, il est devenu manifeste que l'entreprise devait être rachetée par une autre entité afin de pouvoir continuer son activité.


L'accord Tapie fait jurisprudence

ftp

La semaine dernière, le Groupe Bernard Tapie a signé avec le DOJ un accord l'autorisant à racheter Full Tilt Poker pour 80 millions de dollars (+ la responsabilité d'indemniser les joueurs non-américains).

 

Plus spécifiquement, l'accord autorise Full Tilt à revenir sur le marché américain une fois le rachat effectué et lorsque les EU auront légalisé le poker en ligne. C'est une jurisprudence intéressante pour les autres salles de poker en ligne qui a été établie ici, puisqu'elle suggère que tous les sites seront sûrement un jour en mesure d'offrir leurs services à des joueurs américains.

 

Alors qu'il semble plutôt évident que les sites qui n'ont pas eu affaire à la justice américaine se verront attribuer le droit de revenir sur le marché à quelque titre que ce soit, c'est peut-être au-dessus de PokerStars, une entreprise dont les propriétaires et gérants sont toujours aux prises avec la justice américaine, que plane le plus grand point d’interrogation.

 

L'accord que le Groupe Bernard Tapie vient de signer promet peut-être un avenir meilleur à PokerStars, car il prouve la volonté du DOJ de prendre des décisions jouant en faveur du retour sur le marché de sites inculpés. Il semble à présent légitime qu'après qu'ils se soient acquittés d'une amende substantielle, on laisse aussi PokerStars reprendre le chemin du marché. 



La barrière à l'entrée et la solution à celle-ci

handshake

Actuellement, les plus grands groupes de casinos des États-Unis déploient des efforts colossaux pour faire pression en faveur de la légalisation du poker dans le pays. Dans l'industrie du poker, la grande majorité des personnes s'attendent à l'émergence d'une loi quelconque au cours des prochaines années, et pour la première fois on peut espérer que cela arrive bientôt.

 

Deux principaux types de groupes d'intérêts vont tenter de s'accaparer une part du marché américain des jeux d'argent en ligne. Le premier est celui des entreprises qui détiennent des licences de jeu américaines ; le second est celui des entreprises non-américaines qui sont déjà à la tête de sites de poker en ligne.

 

Quelques-uns des exemples de lois qui ont été proposées pour légaliser le poker en ligne aux EU comprennent des clauses stipulant que seules les entreprises possédant des licences de jeu américaines auront le droit d'exercer une activité, dans un premier temps.  Or, la plupart des casinos américains n'ont pas d'expérience dans le domaine des jeux d'argent en ligne. En revanche, les entreprises de jeux d'argent en ligne gérées par des non-Américains possèdent les logiciels, les infrastructures et une base de joueurs pour fonctionner, mais elles ne pourront pas acquérir une licence dans l’immédiat.

 

La solution à ce problème se trouve dans les partenariats stratégiques entre des salles de poker en ligne non-américaines et des casinos américains, les uns possédant précisément ce qu'il manque aux autres.



Des accords, des accords, toujours des accords

mgm grand
Le MGM Grand

Bwin.Party, MGM Resorts et Boyd Gaming : c’est le plus récent des partenariats. Ces trois entreprises vont en créer une nouvelle (dont la propriété reviendra pour 65 % à Bwin.Party, pour 25 % à MGM et pour 10 % à Boyd) afin de lancer une salle de poker en ligne américaine.

 

888Poker et Caesar's Entertainment : premier accord de ce type, il a été approuvé par l'autorité de régulation des jeux en ligne du Nevada en mars 2011. Caesar est le plus grand groupe de casinos au monde, mais comme il appartient au secteur privé, aucun détail concernant le partenariat ne peut être divulgué au grand public. 

 

Playtech (réseau iPoker) et l'Association californienne de poker en ligne (California Online Poker Association) : Playtech a déjà conclu un accord stipulant que si une loi intra-étatique sur le poker en ligne entrait en vigueur en Californie, le partenariat serait effectif. On peut supposer sans grand risque de se tromper qu'une salle de poker en ligne serait également lancée par le groupe si une loi nationale était promulguée. 



Les partenariats qui n'ont pas marché

PokerStars et Wynn Resorts : environ trois semaines avant le « vendredi noir », Steve Wynn a annoncé que Wynn Resorts allait établir un partenariat avec PokerStars pour former PokerStarsWynn.com, site qui aurait accepté des joueurs américains avant que la législation ne change. Mais après les inculpations du « vendredi noir », Wynn a fait marche arrière.

 

Full Tilt Poker et Station Casinos : Full Tilt Poker et Station Casinos ont fait face à une situation similaire à celle de PokerStars et Wynn Resorts. L'accord a été finalisé peu de temps avant le « vendredi noir », et Station Casinos a « coupé le cordon » après la mise en examen de la direction de Full Tilt.

 


Quel avenir

foxwoods
Foxwoods Resort Casino

Foxwoods Resort Casino Tandis que certaines des entreprises évoquées ci-dessus sont déjà au cœur de partenariats, plusieurs des principales parties prenantes de l'industrie doivent encore conclure des accords. Cela est particulièrement évident dans le cas de PokerStars et de Full Tilt Poker.

 

Ces deux sites possèdent les meilleurs logiciels et, pour la première fois, il semble qu'ils puissent vraiment revenir sur le marché américain dans le futur.

 

Il est temps que des acteurs majeurs du monde du casino américain tels que Wynn Resorts, Las Vegas Sands et The Mashantucket Pequot Tribe, qui détient le Foxwoods Resort Casino (le plus grand des EU), prennent des décisions et fassent le choix soit de créer leur propre site internet, soit de rechercher des partenaires.

 

Ces entreprises doivent faire largement appel aux plus grands exploitants de salles de poker en ligne qui ne disposent pas de moyen évident de pénétrer le marché américain, comme c'est le cas de Microgaming Network et de Everest Poker.

 

Une chose est sûre : personne ne veut être laissé pour compte et rater le coche. Avec un peu de chance, le jour arrivera bientôt où Américains et Européens pourront à nouveau s'assoir autour des mêmes tables de poker pour tenter de savoir enfin de quel côté se trouvent les plus gros donks.  



par Matt Kaufman